Les autorités avaient dans un premier temps fait état d'un bilan de 115 morts, une des attaques les plus meurtrières en Irak ces derniers mois. Elle révèle vraisemblablement que l'insurrection sunnite traquée par l'armée américaine autour de Bagdad déplace son champ d'action vers les zones moins surveillées, au nord.
La série d'attentats perpétrés dimanche matin à Bagdad démontre que les extrémistes peuvent encore frapper dans la capitale, malgré un calme relatif ces dernières semaines avec les offensives américaines. Deux voitures piégées ont explosé quasi simultanément dans le quartier à majorité chiite de Karrada, tuant huit personnes.
La première déflagration s'est produite vers 10h30 locales, près d'un restaurant, tuant deux passants et en blessant huit autres, a précisé un responsable de la police. La zone est située à proximité des bureaux du plus grand parti chiite au Parlement. Près de cinq minutes plus tard, la deuxième voiture piégée a sauté à environ deux kilomètres de distance: six personnes ont été tuées et sept autres blessées.
Dans les faubourgs sud-ouest de la ville, l'explosion d'une bombe a touché un camion à bord duquel se trouvaient des soldats irakiens, qui faisaient route vers la capitale pour se joindre aux forces participant aux opérations de sécurisation: 15 militaires sont morts et 20 ont été blessés, a expliqué un représentant de la police. Un engin explosif dissimulé sous une voiture a par ailleurs sauté à l'entrée du marché Chorja, un lieu du centre de Bagdad fréquemment touché par les insurgés, faisant trois morts et cinq blessés, selon la police.
Dans la province de Salahuddine, les habitants d'Armili ont enterré dimanche 70 des victimes du violent attentat-suicide au camion piégé perpétré la veille. Des banderoles noires avaient été accrochées sur des murs avec les noms des défunts. De nombreuses personnes affluaient vers les mosquées et des tentes mortuaires avaient été installées dans la rue principale de cette localité de 26.000 habitants.
La sécurité a été renforcée dans la ville, dont les accès étaient fermés pour empêcher de nouvelles attaques pendent les enterrements, cibles fréquentes des insurgés sunnites, selon Abbas Mohammed Amin, chef de la police de Tuz Khurmato, une localité voisine.
Au lendemain de l'attaque de samedi, le bilan reste encore incertain. Le décompte s'avère difficile, beaucoup de personnes décédées ayant été ensevelies sous des décombres. Les opérations de déblayage des gravats ont pris plusieurs heures.
Le vice-gouverneur de la province de Salahuddine, Abdullah Jabara, avait fait état samedi de 115 morts, dont près des trois quarts étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Dimanche, le chef de la police de Tuz Khurmato a déclaré que 150 personnes avaient été tuées, alors qu'un parlementaire turkmène chiite, Abbas al-Bayati, annonçait à la presse un bilan de 130 morts.
M. Al-Bayati a sévèrement critiqué la situation de la sécurité à Armili, précisant que la police n'y comptait qu'une trentaine de membres. Selon le député, les forces de sécurité sur place avaient de surcroît été dégarnies par l'envoi à Bagdad d'un bataillon militaire, pour participer à l'offensive américaine. Une accusation démentie par le porte-parole du ministère de la Défense, le général Mohammed al-Askari.
Haytham Khalaf, un habitant d'Armili âgé de 37 ans, dont la nièce a été blessée, est lui d'accord avec le député. "Le nombre de policiers et soldats irakiens dans la région est trop faible. C'est une zone agricole avec beaucoup de secteurs inoccupés, alors on la néglige", déplore-t-il.